Crépuscule est un court-métrage d’animation image par image (stop motion) poético-gore largement inspiré par le butô japonais. Un groupe de créatures vit en symbiose avec son environnement. L'arrivée d'un couple d'êtres humains brisera leur existence à jamais. FanTasia 2011 : Mention du jury animation pour ‘’Audace et représentation de la sexualité dans le cinéma d’animation’’ Écrit et réalisé par Éric Falardeau.
Crépuscule
lundi 1 décembre 2014
Crépuscule disponible sur Vimeo on demand!
mercredi 2 mars 2011
Véronique Chaput : La boucle est bouclée! Ou un bref retour sur la genèse du film

Concept art de l'arbre principal par Christopher Lynch.
Le projet de Crépuscule m’a toujours semblé très ambitieux. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on se fait dire qu’il va y avoir du gore dans un film d’animation image par image! J’étais déjà très surprise quand Éric m’a annoncé qu’il voulait adapter l’un de mes rêves en film. Oui, l’idée de base découle de l'un de mes songes abracadabrants. À mon grand regret, j’ai une tendance à faire d’horribles cauchemars dont Freud se délecterait. Si j’ai le malheur d’en raconter des bribes à Éric, il arrive souvent qu’il embarque et s’en inspire. Je dois dire, cependant, que le rêve de base est quand même assez éloigné du projet présent. Je fais des rêves à valeurs symboliques très riches et c’est particulièrement le cas pour celui-ci.

Sans vous dévoiler ce qui s’y passait, je peux vous dire que les créatures ne ressemblaient pas à cela du tout. Ils avaient l’air d’anges comme nous le représente la religion Catholique à l’exception qu’ils étaient nus. Et sans vraiment en savoir la vraie durée, il durait moins longtemps que ce court-métrage... Surprenant, non? De plus, l’image était en noir et blanc, mais avec seulement le sang qui était resté rouge. Un bonus de la part de mon esprit tordu, juste pour le plaisir de la chose.

Il paraîtrait que les rêves serviraient à nous libèrer la tête, à nous empêcher de devenir fous. Ils seraient une sorte de soupape pour notre équilibre mental. Nous faisons des rêves lorsque nous sommes en phase de sommeil profond généralement, soit environ 2 heures après que nous nous soyons endormis. Des scientifiques ont fait l’expérience de réveiller des personnes à toutes les 2 heures et cela pendant plusieurs nuits consécutives. Les sujets ont développé des psychoses sérieuses en plus d’une irritabilité marquée et de la fatigue extrème, évidemment. Cette expérience s’est faite à la belle époque du “Duck and cover!” où les scientifiques américains avaient le droit de faire à peu près n’importe quoi.

Véronique Chaput
lundi 13 septembre 2010
1ère fin de semaine de tournage
lundi 23 août 2010
«Making of» partie 3 : références de mouvements (Marie-Hélène Gosselin, comédienne)
Crépuscule «Making of» partie 3 from ThanatoFilms on Vimeo.
Depuis déjà un moment, je travaille sur le projet Crépuscule. En fait, depuis moment où l’idée de base était d’en faire un film avec de vrais comédiens. Dans le sens «réels», on s’entend! J’étais alors préparée psychologiquement à vêtir une enveloppe de plâtre et de latex –si je ne me trompe pas?!- pour mouler mon corps et mon visage. Cela aurait ensuite servie de costume pour interpréter les personnages inhumains : les Êtres. Ça aurait été, de très loin, mon costume le plus inattendu! Mais, je ne m’attends pas/plus à du banal quotidien avec Éric…
Entre temps, le projet s’est orienté vers l’animation; une voie qui lui va vraiment bien étant donné le monde fantastique qu’il propose. Je n’aurai donc plus à entrer dans mon one-piece cagoulé. J’aurais aimé tester l’expérience, mais la mettre de côté ne me rendait pas si inconsolable! On mettait donc l’emphase sur mon rôle de conseillère à la gestuelle des Êtres en plus d’interpréter la voix du personnage de la Femme.
Pour ses Êtres, Éric voyait une gestuelle inspirée du Butoh. J’avais fait un rapide survol de cette discipline durant mes années d’études en théâtre, mais plus récemment, j’ai suivi un stage au Studio Kazuo Ohno, au Japon. Kazuo Ohno, le père du Butoh (avec Hijikata), est mort tout récemment. Le plus que centenaire déjà alité lorsque j’étais de passage chez lui, c’est donc son fils - de 72 ans - qui m’a enseigné pendant un mois; Yoshito Ohno.
La signature corporelle du Butoh est parfaite pour rendre les personnages inhumains de Crépuscule; à mi-chemin entre le merveilleux candide et l’horrible divinatoire! Ce qui caractérise le geste du Butoh est le minimalisme expressionniste - deux mots qui semblent antonymes, mais je trouve que c’est la meilleure expression pour l’exprimer! C’est qu’il peut y avoir une extrême économie du geste, un détail exécuté avec minutie, en même temps qu’une exagération des sentiments et une amplitude des états émotifs. C’est précisément le fait que ces deux extrêmes cohabitent qui caractérise l’esthétique butoh. Voilà, mon expression se tient, je crois!
Donc, en pratique, mon travail était de jouer les Êtres afin d’avoir des références visuelles pour faire l’animation de ces personnages. C’est-à-dire qu’on m’a filmée en train de jouer toutes leurs actions pour qu’une fois rendus en studio Éric, Simon et Pierre (note : Pierre Trudeau, 2e animateur) puissent faire bouger les marionnettes selon les mouvements que j’avais proposés. Ça été un travail vraiment intéressant! D’autant plus que les Êtres imaginés par Éric sont tout à fait touchants et sensibles. On s’amusait à conceptualiser leur rapport à Soi et à l’Autre et tout ça devait transparaître dans leur démarche ou la façon dont ils tournent la tête! Deux universitaires s’amusent!
L’autre versant de ma participation au projet a été d’enregistrer les différentes pistes vocales de la Femme. En studio avec Éric, Miguel Doucet et Thierry Gauthier pour m’entendre haleter, dormir, courir, orgasmer et finalement mourir! Belle journée, bonne compagnie, travail intéressant. Et dire que le meilleur est encore à venir… Bonne continuité au reste de l’équipe!
Marie-Hélène Gosselin, comédienne
mercredi 11 août 2010
Crépuscule : l'influence du butoh (butô)

L’inspiration principale pour l’aspect des créatures et leur langage corporel vient du théâtre dansé; essentiellement le butoh japonais avec ses poses, ses mouvements secs et sa simplicité visuelle déconcertante. Ainsi, les Êtres sont blancs craies (la «couleur du rien»), nus, sans sexes, sans poils et androgynes. L'idée principale derrière ce choix est de faire des Êtres des «créatures poétiques».
Voici une définition du butoh : «Butoh has a primordial quality. It is a dark. It is generated somewhere in the lower strata of the subconscious, in the murky areas of personal prehistory. Memory is its source. Its etymology refers specifically to dance through the character bu. Buyoh is the neutral word for dance, but it has a sense of jumping or leaping, whereas toh implies a stomping. (…) Hijikata’s dance was litteraly called Ankoku Butoh, meaning black or dark dance. The darkness referred to elements – the territory of taboo, the forbidden zones – on which light had never been cast.» (HOLBORN, Mark, «Tatsumi Hijikata and the origins of butoh», Butoh : Dance of the Dark Soul, Aperture, New York, 1987, page 8.)
Généralement, les mouvements du butoh sont découpés en phases ponctuées de pauses (comme l’animation image par image qui procède par décomposition du mouvement en 24 images) afin de concentrer l’attention du spectateur sur chaque action, effet de lumière ou son. Dans Crépuscule, les créatures appréhendent le monde par le corps comme un danseur de butoh, c’est-à-dire qu’elles « (…) experience their bodies as children, touching, feeling, exploring, and reacting to light.» (Mark Holborn, p. 14) Cela implique donc une préséance du corps sur le regard. Tel le butoh, le langage devient naturellement corporel.
Un rythme différent dans l’exécution des mouvements correspondra aux divers états émotionnels des créatures. D’abord lents et lourds, leurs corps s’assouplissent au contact du couple d’êtres humains. Peu à peu, ils reprennent possession de leurs enveloppes charnelles enracinées symboliquement et littéralement dans l’attente. La découverte et le désir guident leurs actions et, selon l’objectif principal du butoh, illuminent une «zone de noirceur» de l’âme humaine.
Pour donner l’impression que les créatures sont identiques, des caractéristiques humaines précises sont reproduites lors de la construction des marionnettes. Nous nous concentrerons sur un seul sexe afin que les traits du visage et la charpente des corps soient similaires. Les marionnettes des films d’animation image par image du japonais Kihachiro Kawamoto (The Demon (1970) en tête) avec leurs visages inexpressifs fortement inspirés du théâtre nippon sont des références majeures dans la conception des créatures, leurs mouvements (par exemple le soulèvement de la poitrine lors de la respiration pour augmenter le réalisme dans The Demon) et particulièrement leurs visages. Les émotions des créatures sont exprimées à travers leurs traits simples et figés ainsi qu’un éclairage rasant comme dans les films de Patrick Bouchard (dont Révérence (2007) à l’intérieur duquel les marionnettes n’ont qu’un visage tout au long du film). Encore une fois, le langage corporel doit traduire les états d’âme des créatures.
Ci-dessous, des images tirées de pièces butoh sont présentées en parallèle avec les conceptions des créatures :







Des images des créatures / marionnettes finales seront mises en ligne dans une entrée ultérieure qui portera sur la sculpture et le moulage!
À bientôt,
Éric F.
mardi 10 août 2010
Portrait et mot du réalisateur (note d'intention)

NOTE D'INTENTION
«Désespérer de soi, désespéré, vouloir se défaire de soi, telle est la formule de tout désespoir, et la seconde : désespéré, vouloir être soi-même, se ramène à elle, […] au désespoir où l’on veut être soi, celui où l’on refuse de l’être. Qui désespère veut, dans son désespoir, être lui-même.»
Soeren Kierkegaard, Traité du désespoir
Nous avons tous à un moment de notre vie ardemment souhaité être quelqu’un d’autre. Ce sentiment est majoritairement passager, rarement constant, mais toujours symptomatique d’un mal-être. Pour certaines personnes, cette douleur intérieure peut aisément devenir un désir les consumant de l’intérieur au point de se détester. Qu’arrive-il lorsque ce désir est si puissant qu’il nous pousse au désespoir? Est-il possible de se perdre dans ce désir au point de devenir l’artisan de notre propre destruction? Une chose est certaine, lorsque plus rien n’a de sens, même notre propre existence, lorsque le désespoir nous assaille, qu’est-il permis d’espérer? Quels gestes sommes-nous prêts à poser pour sortir de cet état? Et que perdons-nous au cours de ce processus douloureux?
Le film aborde sombrement le thème de la perte de l’innocence; un thème souvent associé à l’éveil corporel, et ce, aux niveaux social (passage de l’enfance à l’âge adulte), religieux (le paradis perdu et Adam et Ève) et individuel (la prise de conscience de sa propre corporalité). Le rapport au corps est donc au centre du film puisque la perte de l’innocence est ici liée à la découverte de la sexualité et de la différence.
Et pourquoi l’animation? L’animation est un genre fortement associé à une certaine forme de naïveté, à l’enfance, à l’innocence. D’une part, le cinéma d’animation crée instantanément un espace propice à la mise en place d’un univers différent, poétique et fantastique. D’autre part, cette perception du cinéma d’animation rejoint directement la situation des personnages et les thématiques du film. La violence commise par les Êtres est dénuée de malice, elle est à la fois une réaction à la violence défensive du couple d'humains et une tentative de prendre possession de ces corps qu’ils aimeraient tant avoir. Il y a quelque chose d’enfantin dans leurs actions et réactions. Ils découvrent, ils jouent et ils cassent leurs «jouets». Il y a un aspect très tragique dans cet excès de violence imprévue et incontrôlable.
La majorité de mes films traite d’une douleur d’être soi-même, de l’échec d’être un autre et des tentatives futiles déployées pour y parvenir. À travers Crépuscule, je désire susciter chez le spectateur une réflexion sur son humanité, sur ses choix, sur sa douleur d’être humain, mais également sur le caractère unique et privilégié de notre condition. Par le biais de ces créatures, je désire également provoquer une réflexion sur l’envie et sur la portée irréversible de nos actes. Lorsque le point de non retour est franchi, lorsque la douleur nous pousse à agir au-delà de nos intentions, même les remords et la honte ne peuvent effacer nos actions.
BIOFILMOGRAPHIE
Je suis titulaire d’une maîtrise en études cinématographiques obtenue à l’Université de Montréal. Outre mes activités d’enseignement et mon travail d'archiviste, je réalise des courts-métrages qui ont été projetés à la télévision et dans des festivals en France, en Espagne, en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Afrique du Sud, en Slovénie, en Hongrie, en Angleterre, aux États-Unis, au Brésil et au Canada.
J’ai co-réalisé une trentaine de courts-métrages avec Benoît Lemire dans la cellule Kino-Hull avant de tourner mon premier film, La petite mort (récipiendaire du prix du jury au festival Spasm 2006). Je participe sporadiquement à des productions indépendantes à titre de directeur photo.
En 2008, Coming Home a remporté le prix Coup de cœur du jury lors de la 18ième édition de Vidéaste Recherché-e à Québec. Ce prix est assorti d’une bourse de 10 000$ en service de post-production, gracieuseté du programme ACIC de l’Office National du Film du Canada (ONF). En 2009, j’ai remporté trois autres distinctions pour Coming Home : Meilleurs effets spéciaux au FAMFestival (Johnstown, Etats-Unis), Mention Spéciale du jury au Cryptshow Festival (Badalona, Espagne) et Premio San Gio Giovani Miglior Video au San Gio Video Festival (Vérone, Italie). Cette année, Le cycle a remporté deux prix.
Je travaille actuellement sur mon premier long-métrage (Thanatomorphose).
En tant que réalisateur, je crois fermement avoir développé au fil des mes projets une esthétique propre. Mes thèmes de prédilection sont sans contredit le rapport amour/haine à soi-même, la corporalité, la matière et la durée. Il découle de ses points d’intérêt un langage particulier basé sur le plan-séquence (durée) et la matérialité de l’image (la granularité du super 8mm). J’aime explorer le rapport au corps et la place de l’acteur est très importante dans mes films (le plan-séquence est ici encore très utile). Ces zones d’intérêt inscrivent ma pratique dans le cinéma de genre, mais avec une approche d’auteur.
Crépuscule s'inscrit dans une démarche amorcée dans mes courts-métrages précédents et mes études supérieures (mon mémoire portait sur le rapport au corps dans le cinéma d’horreur). Ce film s’annonce très violent, sans concession, dur et pessimiste, car j’y aborde la question de la différence et de la mort de l’innocence. Le titre, Crépuscule, suggère d’ailleurs la fin – sombre - d’une ère, d’un moment (le jour, mais aussi le crépuscule des dieux de la mythologie scandinave).
Ci-dessous, deux bandes annonces et l'un de mes courts métrages.
COMING HOME : Teaser from ThanatoFilms on Vimeo.
THANATOMORPHOSE : PROMO TEASER (HD) from ThanatoFilms on Vimeo.
PURGATORY from ThanatoFilms on Vimeo.
Bon visionnage!
Éric Falardeau
dimanche 8 août 2010
CRÉPUSCULE - PRÉSENTATION DU PROJET
CRÉPUSCULE - Présentation du projet from ThanatoFilms on Vimeo.
Montage de présentation du projet incluant des tests d’animation, des extraits du scénarimage animé, des extraits du making of, de la musique originale, des photographies et des dessins. Tourné en 2009.
Chers cinéphiles et amateurs de cinéma d'animation,
je suis heureux de vous accueillir sur le blogue officiel de production de mon premier court-métrage d'animation : CRÉPUSCULE.
Le film est produit à l'intérieur du programme d'artiste en résidence des Films de l'Autre (www.lesfilmsdelautre.com). Il est soutenu par la SODEC, l'ACIC (ONF) et le Cirque du Soleil.
Ce blogue couvrira tous les aspects de la production du film: de l'idée originale jusqu'à la distribution. Il sera régulièrement mis à jour par moi ou par les membres de l’équipe de production.
Ce projet est né à la fin de l'année 2007/début de l'année 2008. Il se sera écoulé deux ans avant de finalement débuter le tournage le 21 août 2010. Le tournage se fera en HD avec la Canon Mark 5D. Nous terminerons à la fin de l'automne (environ 60 jours de tournage). Un kinescopage en 35mm suivra au début de l'hiver 2011.
En mon nom et en celui de l'équipe de production, nous sommes heureux de vous accueillir sur le blog officiel de CRÉPUSCULE.
Bonne lecture et bon visionnage,
Éric Falardeau, cinéaste