Crépuscule

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mardi 24 août 2010

Direction photo : conceptions et considérations techniques

Le film aborde sombrement le thème de la perte de l’innocence par le biais de la prise de conscience des créatures de leur différence corporelle et des actes insensés et irréversibles qu’elles commettront pour devenir humaines. En fait, on peut comparer grossièrement le scénario au récit archétypal du paradis perdu. L’ambiance peut aussi évoquer certains chapitres de l’Enfer de Dante (les arbres qui saignent, la noirceur, la pluie, la douleur, etc.) et les peintures d’Hyeronimous Bosch (le ciel enflammé, le grotesque des situations, les arbres décharnés peuplant la forêt). Le titre lui-même évoque les grands récits mythiques tel celui du crépuscule des dieux, ou Ragnarok, de la mythologie scandinave qui présente la fin d’un monde où tous, même les dieux, doivent mourir.

D’ailleurs, la description du Ragnarok, de l’apocalypse, sert de base à la conception de la direction photo du film. En effet, le rouge et l’orangé seront les teintes principales qui guideront la photographie. Les changements dans l’éclairage et dans la texture visuelle correspondront à la progression émotive du récit. Chaque scène correspond à un moment différent de la journée, à un type particulier de lumière, selon l’intensité dramatique du récit. Par exemple, les scènes incluant les humains dans la clairière sont paisibles et baignées dans la lumière du jour. D'autres sont apocalyptiques; la lumière est crépusculaire, orangée, rougeâtre et le ciel est «enflammé».

De plus, le caractère fantastique et onirique de l’univers, soit ce monde tristement statique constitué d’une forêt et d’une clairière, suggère aussi la création d’une atmosphère générale. Celle-ci sera vaporeuse, irréelle, décalée et étrange. Un brouillard sera ajouté à l’aide d’After Effect afin d’ajouter de la profondeur à l’image et de créer un climat d’étrangeté (à la manière des films d’épouvante de la Universal ou de la Hammer). Un éclairage diffus, indéfini, légèrement surexposé et enveloppant devra être créé.

Les quelques images ci-dessous serviront de références pour la direction photo de la séquence finale. Les toiles d’Hyeronimous Bosch, son tryptique infernal surtout, agiront également à titre de références picturales pour les couleurs et l’éclairage.







Les images ci-dessous serviront aussi de références pour le type de «jets» de lumière pénétrant la forêt entre les branches de la forêt, les nuages (mamatus) dans le ciel et la lumière «orangée» décrite dans le scénario.









Puisque nous tournons en HD et que nous désirons kinescoper le film en 35mm, la direction photo devra prendre en compte certains paramètres. Premièrement, une courte profondeur de champs sera privilégiée afin d’imiter l'allure du film 35mm et d’éviter l'allure vidéo où tout est au foyer, la profondeur de champs est infinie et les problèmes d’exposition dans les zones sous-exposées ou sur-exposées. L’utilisation de lentilles grandes angulaires facilitera la mise au point sur des éléments à l’avant-plan tout en «écrasant» l’image; conférant ainsi à l’univers inanimé une dimension supplémentaire. Un éclairage «soft», diffus, en arrière-plan détachera les personnages et les éléments du décor et aidera à créer l’illusion de profondeur qui souvent trahit l’origine numérique de l’image.

Au niveau de la mise en scène, les cadrages et mouvements de caméra seront composés comme des tableaux japonais (les e-maki : rouleaux peints qui doivent êtres déroulés pour en apprécier la beauté). La culture japonaise occupe une place privilégiée dans les diverses conceptions du film (particulièrement le butoh dans la conception et le mouvement des créatures). Le recours à ce type de plan vise à instaurer un climat poétique par le biais de la contemplation et de la répétition.

Nous tournons le film avec un appareil photographique Canon 5D MKII (et 2 lentilles (une 30mm et une 50mm)) branché directement dans un ordinateur portable. La capture d’image s’effectuera sur plateforme MAC avec l’un des logiciels les plus couramment utilisés en animation image par image, soit Dragon Stop Motion. Cela facilitera l’animation en plus de permettre le montage préliminaire en temps réel. Nous serons également en mesure de modifier les images avec Photoshop et de procéder au compositing.

Selon Érik H. Goulet, enseignant en animation, il faut prévoir 1 semaine de travail (40 heures) pour chaque minute d’animation à l’écran. Puisque le film nécessite d’animer plusieurs personnages et variables (pluie, sang, etc.), un total de 12 semaines de tournage est requis pour une durée totale d'environ 10 minutes.

Mise en place de l'écran chromatique bleu

Nous avons décidé de tourner tout le film devant un écran chromatique bleu (communément nommé un blue screen). Cette solution nous permet d'ajouter les arrières plans (ciels) numériquement plutôt que de changer une peinture ou un carton à l'arrière du décor à chaque scène. Cela nous permet également d'agrandir et d'approfondir la forêt, car la taille du studio de tournage et le budget sont limités. De plus, cela facilite l'animation et la direction photo puisque nous n'avons pas à nous soucier de l'arrière plan pour cadre.

Aussi, pour certains plans avec plusieurs personnages à animer, nous les filmerons en plusieurs parties que nous assemblerons ensuite par compositing (arrière-plan et avant-plan). Le travail de l’animateur sur le plateau sera plus aisé (moins de variables à tenir à compte lors de l’animation) et de cette façon il sera possible de créer certains effets dont le brouillard (tourner le décor vide puis les personnages et «assembler» les deux images).

Selon ce principe, lorsqu’un plan est tourné, il est nécessaire de tourner une «plate», c’est-à-dire le même plan sans les personnages. Ainsi, il est possible de corriger certains problèmes présents dans le plan «animé» comme un élément présent dans le décor sur un photogramme (par exemple les rigs qui doivent retenir les marionnettes lors de déplacements inusités), un léger déplacement de l’axe de la caméra entre deux photogrammes ou l'ajout d'un mouvement de caméra (zoom in ou out par exemple).

Guillaume Chassé sera en charge des effets numériques (compositing, nettoyage de l’image, ajout d’éléments, effacement des rig, etc.). Il est diplômé en animation du Cégep du Vieux-Montréal. Il a réalisé un court-métrage en animation traditionnelle intitulé Route 666 (meilleur film d’animation à l’intercollégial de cinema en 2009).

Son démo est disponible ici : http://chag.moonfruit.fr/

Son film Route 666 :




Ci-dessous, Benoît Lemire, chef électro-machiniste, au travail à couper la lumière venant des fenêtres du studio et à installer l'écran bleu:









samedi 14 août 2010

«Making of» partie 2 : tests d'animation

Voici le «Making of» de notre premier test d'animation. Nous avons tourné ce test à l'automne 2009 afin de mettre à l'épreuve l'armature des marionnettes et le «compositing» devant écran vert.

Nous avons ici une armature «balls and sockets» se déplaçant dans une mini-forêt. La forêt respecte les principes évoqués par rapport à la direction artistique (entrée précédente du blogue; branches d’arbres réelles blanchies). Tout est à l’échelle. Un éclairage d’ambiance a été créé. Des armatures en mouvement ont été ajoutées numériquement afin de tester l'écran chromatique vert et le «compositing»(incrustation numérique dans un plan de plusieurs personnages tournés séparément). Contrairement à la vidéo de présentation du projet (première entrée du blogue), l'effet de pluie de sang numérique n'a pas été ajouté ici.

Ce test nous a permis de noter quelques éléments à modifier pour le tournage, soit :
1) utiliser un écran bleu plutôt qu’un écran vert, car le spectre de couleurs des arbres (blanc), des personnages (blanc) et de l’éclairage (jaune/orange) interfère avec celui de l’écran vert;
2) solidifier les pieds de l’armature;
3) réduire la grosseur des pièces de l’armature afin de diminuer le poids du personnage, de rendre l’animation plus fluide et d’améliorer la démarche du personnage (exemple : les hanches du personnage sont trop grosses et elles nuisent au mouvement recherché); et
4) animer quelques gouttes de sang en temps réel pour augmenter le réalisme de la pluie (impact au sol et sur les personnages).

L'armature est animée par Simon Beaupré (1er animateur du film). L'éclairage est d'Éric Falardeau (réalisateur et DOP du film). Marie-Josée Lamontagne, scripte, est également sur place avec Véronique Dumas, conceptrice artistique.

Crépuscule «Making of» partie 2 from ThanatoFilms on Vimeo.



Bon visionnage!
Éric F.